message édité 22 h 55 min – 17 octobre 2010 par Robert Bourgoing (admin)
Je viens de revoir avec émotion les premières minutes du récit-étape qui ouvre l’émission de Djibouti sur l’accident de Serge Goriely. Images fortes. Fantastique boulot de Didier. Je suis assez fier de l’attitude de l’équipe, impressionné aussi par le sang froid de Christine Demont pendant ces moments. C’est souvent dans les épreuves que l’on découvre la vraie nature des gens et je dois dire que Christine, qui est aussi infirmière, m’a vraiment épaté. Et pas seulement à cette occasion !
Avec le recul, je suis aussi un peu troublé quand je revois tout ça et que je repense aux circonstances de nos divers accidents. Celui de Serge en Somalie (sur une route bien droite et lisse où nous roulions lentement et en convoi), celui de Christine et Guilène en Afrique du sud (des tonneaux à cause de la présence des malles qu’on avait ajoutées sur le toît parce qu’elles étaient « télégéniques », ce qui avait eu pour effet de déplacer le centre de gravité des voitures et de les rendre instables), celui des Suisses en Chine (là aussi pour un problème de centre de gravité à cause des bidons d’essence sur le toît) et celui de Didier et Benoit en Afrique du sud, n’étaient liés à aucune difficulté particulière du parcours et n’avaient rien à voir avec une quelconque aventure.
Bien sûr, l'accident de Serge a été bon pour le spectacle et très bon pour les cotes d’écoute. Les téléspectateurs, dans leurs salons, ont eu un petit frisson. Ceux qui doutaient de la difficulté du « jeu » se sont dit que, finalement, ce n’était pas de la rigolade. Enfin, après les cartes postales des premières semaines, quelque chose semblait donner de la crédibilité au côté « aventure » du Grand Raid !…
Et si Serge était mort ? Se dirait-on que le jeu en valait la chandelle ? Nous avons eu énormément de chance de nous en tirer à si bon compte. La présence de l’équipe d’encadrement sur le terrain (Didier, Guy, Pierre et les mécanos) et celle de l’équipe de prod à Paris, nous donnaient un sentiment de fausse sécurité alors que, à plusieurs reprises, nous passions près de la catastrophe. J’admire le courage de ces gens qui courent des risques pour des vraies causes (journalistes, travailleurs de l’humanitaire, etc.) mais j’ai un certain malaise devant ces émissions de divertissement (Koh-Lanta et compagnie) où l’on s'offre le luxe de se faire peur pour se donner l’impression d’être en vie. Il y avait quelque chose d’un peu obscène à se mettre en scène de cette manière alors que, tout au long du parcours, dans nos belles voitures aux couleurs du Raid, nous côtoyions la misère et rencontrions des gens dont la vie quotidienne était drôlement plus menacée et précaire que la nôtre. Un contraste parfois violent, comme Guilène et Christine en feront aussi l'expérience.
Je suis fier et je me sens immensément privilégié d’avoir participé au Grand Raid. J’ai été comblé par les rencontres qu’il m’a permis de vivre et qui m’ont ouvert les yeux sur le métier que je voulais faire. Mais j’éprouve toujours un certain malaise face à son côté show-business. Pour moi, ce n’était pas ça « l’aventure du Grand Raid ».